CAPVERN (65) – 3000 RD 938 – Recyclerie

Les fouilles archéologiques menées sur le site de Capvern (65) – 3000 RD 938 – Recyclerie ont été réalisées par le bureau d’études Éveha, sous la responsabilité de Virginie Ropiot, dans le cadre du projet d’aménagement porté par Smecton Plateau de Lannemezan-Nestes-Côteaux. Les investigations archéologiques concernaient des vestiges datés de la Protohistoire.

Objectifs scientifiques

L’intervention archéologique préventive avait pour principal objectif de documenter les vestiges archéologiques encore exploitables apparaissant dans les coupes où les terrains avaient été décaissés, lors de la construction du Pôle de valorisation des déchets de la commune.

Il s’agissait notamment d’apporter des précisions sur la datation des structures tumulaires impactées, sur les éléments architecturaux constitutifs de ces monuments et, si les données le permettent, leur mode d’édification. Des observations devaient également être portées sur leur état de conservation. Il ne s’agissait pas de pratiquer une activité de fouille à proprement parler.

Appréhendée uniquement en sections, la vision que l’on peut avoir de ces deux monuments est très partielle et les résultats ne sauraient être considérés comme définitifs en l’absence d’investigations archéologiques plus poussées.

Le tumulus n°2


Fig.1 : Vue orthophotographique de la coupe nord-sud du tumulus n°2. Crédit : Éveha, 2025.

En ce qui concerne ses dimensions, le tumulus n°2 est conservé sur 0,80 m de haut et le second, le tumulus n°3 sur 0,70 m. Leur diamètre initial pourrait se situer autour de 25 m pour l’un et 15 m pour l’autre, même s’il s’agit là d’une évaluation. Au niveau architectural, les tumuli de la recyclerie semblent correspondre au modèle répandu dans le secteur, c’est-à-dire constitués d’une levée de terre, faite de plusieurs apports de sédiments homogènes modelés en forme de dôme circulaire. Comme cela est courant après abandon, la motte de terre a probablement fini par se dégrader par érosion, s’affaisser et s’étaler sur le pourtour de l’emprise du monument, au-delà des limites supposées de la construction. La présence de structures d’entourage, que ce soit un fossé ou une couronne de galets, n’a pas pu être établie en l’état des données de terrain, bien que quelques indices ténus pourraient se rapporter à ce type d’éléments structurants dans la coupe du tumulus n°2 (Fig.1).

Des travaux de terrassements anthropiques préparatoires ont été constatés pour les deux structures. Pour le tumulus n°2, l’horizon Ah, (horizon minéral de surface enrichi en matière organique de type humus) se situant juste au dessus de la formation de Lannemezan aurait été décaissé et remanié, puis recouvert par un lit caillouteux servant d’assise et dont l’étendue pourrait coïncider avec l’emprise réelle du monument. Un remblai de nivellement ponctuel pour régulariser son sommet aurait été ajouté avant l’édification de la levée de terre.

Le tumulus n°3


Fig.2 : Vue des coupe est-ouest et sud-nord du tumulus n°3 avec détail de l’aménagement central.
Crédit : Éveha, 2025.

Pour le tumulus n°3, l’horizon Ah a lui aussi été l’objet d’une intervention humaine. La micromorphologie montre qu’il a été en partie tronqué et stabilisé avant la construction du tertre. Sous celui-ci, une petite surface caillouteuse, présente au centre, reste énigmatique. A titre d’hypothèse, il pourrait s’agir soit d’un élément constitutif du dépôt funéraire, soit d’un aménagement de surface en lien avec une phase préparatoire et l’édification de la motte.

Ces données montrent que la construction des tumuli s’est faite dans le cadre d’une mise en œuvre planifiée comme cela a pu être constaté sur d’autres tumuli fouillés dans les environs.

Enfin, l’analyse micromorphologique menée à Capvern indique, au moins pour le tumulus n°3, qu’un sol forestier démantelé par des actions anthropiques (des feux ?) préexistait au monument. Néanmoins, il n’est pas possible de préciser si le démantèlement du couvert boisé est en lien avec la construction des tumuli ou avec une occupation antérieure qui aurait nécessité d’ouvrir le paysage, à des fins agricoles par exemple.

En ce qui concerne la datation, le mobilier n’a pas fourni d’indices permettant une attribution chronologique. Les éclats et pièces lithiques collectés dans les tertres peuvent, pour certains, provenir d’une activité de débitage. Leur présence est cohérente avec ce qui a été observé pour d’autres tumuli du plateau.

Problématiques scientifiques de la post-fouille

Les résultats des datations 14C placeraient l’édification et/ou le fonctionnement des deux structures de Capvern dans des phases anciennes de la Protohistoire, à l’âge du Bronze ancien (2100 à 1600 avant J.-C.) pour le tumulus n°2 et au Bronze moyen ( 1600 à 1350 avant J.-C.) pour le tumulus n°3.

Ces datations ne permettent pas d’exclure pour autant que les deux tumuli de Capvern ont pu être construits, utilisés ou fréquentés à d’autres périodes, soit plus anciennes, soit plus récentes, si l’on conçoit que ce type de monument peut connaître une longue durée de vie et des reprises de l’activité funéraire à des intervalles parfois très longs.

Cette opération a été l’occasion, pour la première fois dans le secteur des Landes de Tilhouse (espace naturel sensible situé dans le département des Hautes-Pyrénées), de fournir quelques données précises sur deux monuments du groupe funéraire de l’Estaque. Abstraction faite bien évidemment de leur destruction récente, les tumuli n°2 et 3 de la Recyclerie de Capvern fournissent, malgré tout, de bons indicateurs de conservation de leur architecture.

Cette opération devait permettre de replacer les données archéologiques présentes dans le contexte du phénomène tumulaire du plateau de Lannemezan, en les confrontant à la documentation existante pour ce secteur.Il est également à noter que nous n’avons pas relevé de traces d’intrusion ancienne (pillage ou fouille) dans les coupes, ni de vestiges de dépôts ou d’autres activités liées à l’occupation funéraire.

Bien qu’il soit difficile de spéculer sur l’absence ou non d’explorations plus anciennes des dépôts sépulcraux, ils révèlent un potentiel d’études encore favorable, notamment au regard des datations obtenues, des observations stratigraphiques et des résultats de l’étude micromorphologique.

Le rapport final d’opération (RFO) a été rendu à l’automne 2026.