Les fouilles archéologiques menées sur le site de La Plaine-sur-Mer (44) – ZAC Extension Centre-Bourg ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Yann Dufay-Garel dans le cadre du projet d’aménagement porté par Loire-Atlantique Développement. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés du Néolithique à nos jours.
Objectifs scientifiques
La fouille de la ZAC Extension Centre-Bourg offrait l’opportunité d’étudier des occupations rurales sur le temps long, en particulier pour l’âge du Fer. Il s’agissait d’en rechercher les éléments structurants de l’espace (enclos, parcellaire, constructions bâties) et de mettre en évidence les activités associées. L’emprise prescrite permettait en effet d’obtenir une vision extensive des occupations, qui offrait des conditions optimales afin d’étudier leur organisation sur le plan spatial et chronologique. À ce propos, l’un des enjeux de l’opération résidait dans l’analyse des systèmes fossoyés, leur évolution dans le temps et leur impact sur la formation des paysages agraires, y compris aux alentours de l’emprise prescrite.
La fouille permettait également de documenter l’exploitation des ressources salicoles à l’âge du Fer. Ainsi, au sein des espaces occupés, une attention particulière était portée à l’étude des activités saunières rencontrées, autant pour le premier que pour le second âge du Fer, sous l’angle classique de la technologie et de la chaîne opératoire. Toutefois, la surface importante décapée permettait également d’aborder la problématique de son insertion dans l’espace et sa relation éventuelle avec des occupations domestiques. De nombreux indices d’exploitation du sel ont été répertoriés, en particulier pour l’âge du Fer, sur tout le littoral entre la presqu’île guérandaise et la baie de Bourgneuf, en passant par la presqu’île de Préfaille. Toutefois, les observations étaient le plus souvent limitées sur le contexte proche de cette activité. Rares sont les opérations récentes ayant pu les documenter de manière extensive et mettre en évidence les habitats associés.
L’objectif secondaire était de déterminer si l’ensemble des fossés et des trous de poteau, non datés, constituent une véritable occupation du Néolithique. La découverte de mobilier lithique et la proximité du site néolithique de la Croix Mouraud renforçaient cette hypothèse. Il convenait donc de confirmer le potentiel de ce site en recherchant son organisation spatiale et fonctionnelle.

Une première occupation du Néolithique ou de la Protohistoire
La première occupation détectée correspond à quelques structures en creux attribuables pour le moment à une large période allant du Néolithique à la Protohistoire. Elles se répartissent en deux concentrations distinctes, qui pourraient matérialiser l’existence de deux petits locus d’occupation.
Les vestiges mis au jour comprennent au moins un bâtiment sur poteaux plantés, un foyer à pierres chauffées (Fig. 2) et quelques fosses dans lesquelles ont été recueillis des objets en silex ainsi que des tessons de céramique.

Activité salicole et espace funéraire : la périphérie d’un habitat de l’âge du Fer ?
Pour l’âge du Fer, la principale découverte concerne un enclos partiellement conservé dont la superficie peut être estimée à environ 700 m² (Fig. 3). Ouvert au sud, il est délimité par un fossé de faible gabarit ne dépassant pas 80 cm de large et 30 cm de profondeur.
Ces caractéristiques tendent à exclure une fonction domestique, d’autant qu’aucune structure typique des habitats de l’âge du Fer n’a été mise au jour dans son espace interne. Une fonction artisanale liée à l’activité salicole peut être privilégiée. En effet, plusieurs fosses circulaires tapissées d’argile, vraisemblablement dédiées à la décantation de la saumure, sont présentes à l’intérieur et à proximité de l’enclos (Fig. 4). La saumure était ensuite versée dans des récipients en argile cuite et chauffée dans un four, qui n’a pas été retrouvé sur place, afin de produire des pains de sel par évaporation. Des rejets de briquetages caractéristiques de la technologie en usage au premier âge du Fer et à La Tène ancienne (4e-5e siècles avant J.-C.) ont été retrouvés à l’intérieur de ces fosses (Fig. 5).
Il s’agit de petits piliers dits en « trompette » et de godets à bourrelets internes, qui suggèrent l’existence d’une production du sel sur place.



En limite nord du projet, un petit enclos incomplet de 9 m de côté a été mis au jour (Fig. 6). Son plan « en U » et ses dimensions renvoient aux nombreux monuments funéraires connus pour l’âge du Fer dans le Grand-Ouest de la France. L’arasement prononcé du terrain n’a pas permis la conservation d’aménagements internes, en particulier de sépultures. Toutefois, des esquilles d’os humain brûlé ont été retrouvées dans le comblement du fossé périphérique, ce qui conforte la fonction funéraire du secteur.
Un second enclos a d’ailleurs été détecté immédiatement au nord grâce à des photographies aériennes. Tout comme les vestiges de production salicole, ils dépendent vraisemblablement d’une ferme voisine, correspondant peut-être à l’enclos de plus grandes dimensions identifié là aussi en prospection aérienne, à environ 200 m au nord de la fouille.

Un réseau parcellaire antique
Après un hiatus de plusieurs siècles, un réseau de fossés antiques est mis en place dans la moitié nord de la fouille. Ils forment une trame parcellaire plus ou moins orthogonale, dont l’orientation respecte celle de l’enclos funéraire gaulois, qui devait donc encore être visible dans le paysage.
Un habitat enclos du premier Moyen Âge
L’espace est réinvesti au cours du premier Moyen Âge (5e-11 siècles) sous la forme d’un modeste enclos d’habitat, installé en bas de pente à 20 m d’un ruisseau (Fig. 7). De plan rectangulaire aux angles arrondis, il couvre une superficie de 520 m² et est muni d’une entrée sur sa façade sud (Fig. 8). À l’intérieur, au moins un bâtiment allongé sur poteaux a été identifié ainsi qu’un foyer et quelques fosses. La fouille intégrale du fossé de clôture a permis de recueillir une infime quantité d’artefacts parmi lesquels quelques tessons de céramique et une meule à grain rotative (Fig. 9).



Un parcellaire médiéval
Un nouveau système parcellaire a été mis en évidence à l’extrémité sud de la fouille.
La découverte de quelques tessons de céramique, associés ponctuellement à des rejets de coquillages, permet de dater ces fossés du second Moyen Âge (12e-15e siècles).
Ils indiquent la présence probable d’un habitat dans les environs immédiats.
Les limites agraires des périodes moderne et contemporaine
Les ultimes traces d’occupation humaine concernent les Époques moderne et contemporaine. Là encore, ce sont les anciennes limites de champs qui ont été retrouvées en nombre, dessinant un paysage agraire en perpétuelle évolution.
Problématiques scientifiques de la post-fouille
La post-fouille aura pour objectif premier de préciser la nature et la chronologie des différentes occupations reconnues. Il conviendra en particulier de préciser les datations, notamment pour les premières occupations identifiées (Néolithique et Protohistoire). Pour l’âge du Fer, qui constitue le cœur de la prescription de fouille, il s’agira d’étudier en détail les différents aspects liés à l’activité salicole, sa chaîne opératoire, la technologie employée, et de la mettre en perspective avec les données déjà existantes, et notamment celles issues des opérations récentes menées dans le Pays de Retz et plus largement dans l’Ouest de la France. Enfin, l’analyse des systèmes parcellaires et l’étude de leur évolution sur le temps long constituera également une problématique de recherche de premier plan.


