NEUVILLE-AUX-BOIS (45) – Rue du Point du Jour (Secteur Protohistorique)

Les fouilles archéologiques menées sur le site de Neuville-aux-Bois (45) – Rue du Point du Jour (Secteur Protohistorique) ont été réalisées par le bureau d’études Éveha, sous la responsabilité de Richard Lopes, dans le cadre du projet d’aménagement porté par SAS Batilogistic. Les investigations archéologiques ont permis de mettre au jour des vestiges datés du Néolithique, de la Protohistoire, du Moyen Âge et des époques moderne et contemporaine.

Objectifs scientifiques

L’objectif de cette opération d’archéologie préventive était de préciser la chronologie et l’évolution de l’occupation du site entre la fin de l’âge du Fer et le début de l’époque gallo-romaine, soit la fouille complète de l’espace enclos aménagé (enclos 1 et 2) et l’étude de son environnement immédiat. Elle avait pour objectif de caractériser, dater et interpréter les composantes de l’établissement rural du second âge du Fer (du 3e-2e s. av. J.-C. au début du 1er s. ap. J.-C.).

Parallèlement, ces données étaient à mettre en relation avec les différents sites gaulois identifiés dans le cadre des opérations préventives déjà réalisées en périphérie de l’agglomération neuvilloise, notamment dans le cadre de projet autoroutier A19 (région de Batilly-en-Gâtinais (45) et de Boynes (45)), pour une approche spatiale de l’occupation du sol du territoire rural sud des Carnutes, du nom du peuple gaulois qui occupait ce secteur géographique à cette période.

Des premières occupations protohistoriques ténues

Le site semble être fréquenté une première fois à la fin de la Préhistoire. Près d’une centaine de fragments de silex, possiblement datés du Néolithique, ont été mis au jour sur une surface limitée d’environ 800 m², dans le nord de l’emprise. La majorité de ces isolats a été identifiée à la surface d’anomalies naturelles interprétées comme des chablis. Aucun tesson de céramique n’est associé à cet ensemble.

En revanche, deux fosses pourraient être contemporaines du corpus. La première est une fosse en Y (Schlitzgruben) et la seconde, plus irrégulière, contenait un tesson possiblement concordant avec la période du Néolithique.

Un silo, rempli de mobilier céramique, est daté sans hésitation de la fin du Premier âge du Fer (530 à 460 av. J.-C.) (Fig. 1). Si cet aménagement semble isolé, toutefois un bâtiment sur 15 poteaux porteurs, situé quelques mètres à l’est, demeurant sans datation jusqu’à présent, pourrait lui être associé.


Fig. 1 : Vue de la coupe du silo F 2465 dans le sondage 177. Crédit : Éveha, 2026.

Un établissement rural du Second âge du Fer

La première occupation pérenne du site correspond à l’établissement rural de l’époque laténienne (3e-2e s. av. J.-C. – début du 1er s. ap. J.-C.). Il se présente sous la forme d’un enclos fossoyé de type emboîté. L’enclos interne est bipartite et s’étend sur une surface d’environ 5900 m². L’enclos externe se développe sur les marges orientale et septentrionale du premier et délimite un espace total de 12 200 m². Un fossé périphérique, plus discret, relie les extrémités de l’enclos externe, en contournant les côtés ouest et sud de l’enclos interne. Les dimensions des fossés de l’enclos externe sont plus importantes (Fig. 2) que celles des fossés de l’enclos interne.


Fig. 2 : Vue de la coupe du fossé F 396 dans le sondage 127. Crédit : Éveha, 2026.

L’accès à l’enclos externe se fait au moyen d’un pont jeté sur le fossé oriental, matérialisé par deux paires de poteaux de chaque côté (Fig. 3). Depuis l’espace de l’enclos externe, les accès aux deux parties de l’enclos interne se font du même côté, à savoir par l’est. Ils sont matérialisés par des interruptions de fossés complétés par des trous de poteau dessinant le plan de tours-portières (Fig. 4). Au moins une quinzaine d’ensembles de trous de poteau matérialisent des bâtiments, dont la majorité semble avoir été reconstruit avec régulièrement un léger décalage dans l’orientation. Ainsi, près d’une vingtaine d’unités architecturales ont été identifiées. Plusieurs bâtiments sont disposés le long des fossés ainsi qu’aux angles, d’autres sont situés au centre des espaces.


Fig. 3 : Vue nadirale du dispositif sur quatre poteaux servant au franchissement du fossé 642. Crédit : Éveha, 2026.

Fig. 4 : Vue nadirale du dispositif d’entrée sur quatre poteaux au milieu de l’enclos interne . Crédit : Éveha, 2026.

La disposition de ces bâtiments laisse, par ailleurs, certains espaces totalement vierges de vestiges. Si les tailles et fonctions des bâtiments sont variables (habitations, granges, annexes agricoles, greniers, etc.), certains présentent des dimensions imposantes. C’est le cas en particulier des bâtiments situés dans la partie la plus occidentale de l’enclos interne (Fig. 5), qui entrent dans la catégorie des très grands édifices de la période – avec une surface au sol supérieure à 100 m².

À l’intérieur de l’enclos interne, au moins deux palissades ont été identifiées et matérialisent une partition de l’espace. Celles-ci sont associées à plusieurs bâtiments, dont un pourrait aussi correspondre à une tour-portière. La présence de ces palissades, de bâtiments barrant des accès, de recoupements entre les vestiges (états des fossés et remaniement de la trame bâtie) indique que l’établissement a subi des modifications et présente plusieurs phases d’occupation. Enfin, des fossés, observés dès le diagnostic et se prolongeant vers l’est, matérialisent une continuité de l’établissement en dehors de l’emprise de fouille.


Fig. 5 : Vue nadirale des bâtiments de très grandes dimensions dans la partie la plus occidentale de l’enclos interne. Crédit : Éveha, 2026.

Fig. 6 : Vue en coupe d’un « redan » (« banquette » ou « dos d’âne ») du fossé F 790 dans le sondage 213. Crédit : Éveha, 2026.

Les fossés de l’enclos sont caractérisés par la présence de banquettes taillées dans le substrat calcaire (Fig. 6). Elles correspondent à des remontées du fond, plus ou moins hautes. Des pentes ont été observées entre les banquettes. Par ailleurs, les fossés d’enclos internes et externes ne sont pas connectés. Considérant la pente naturelle du terrain (nord-ouest – sud-est), nous supposons l’existence d’un ingénieux système de gestion des eaux de ruissellement avec un dispositif servant à briser le flux hydrique en vue de réguler le débit, stocker l’eau ou éviter un débordement. Cette proposition d’interprétation a par ailleurs déjà été proposée sur d’autres sites. Le point le plus bas étant connecté à un des fossés de l’extérieur de l’enclos, nous supposons également un système d’évacuation de l’eau vers l’extérieur du site.


Fig. 7 : Vue nadirale de la fosse polylobée F 530 en cours de fouille. Crédit : Éveha, 2026.

Des fosses polylobées ont été également identifiées dans la partie occidentale de l’enclos (Fig. 7), ainsi qu’une vaste fosse circulaire correspondant possiblement à un projet de puits avorté. Un puits est localisé à l’extrémité occidentale de l’emprise (Fig. 8). Enfin, deux fours, dont un situé dans la paroi nord du fossé septentrional de l’enclos externe, ont été enregistrés.


Fig. 8 : Vue oblique de la coupe du puits F 2088 fouillé jusqu’à l’apparition du conduit. Crédit : Éveha, 2026.

Le mobilier laténien est relativement indigent. Les aménagements à l’intérieur de l’enclos ont livré une quantité moindre de céramique. Ce n’est qu’en fouillant intégralement l’enclos interne que le corpus s’est considérablement étoffé. Ce mobilier céramique, préférentiellement dense à proximité des bâtiments, apparaissait régulièrement au même niveau, mélangé avec davantage de faune.

Le corpus faunique est donc quant à lui important. La présence régulière de gibier est par ailleurs fortement suspectée. Le torchis, quant à lui, est ponctuel dans tous les aménagements de l’enclos, sauf dans les fosses polylobées où, dans une couche très charbonneuse et riche en céramique, un corpus exceptionnel de fragments a été mis au jour (des bords, des traces d’enduit et des négatifs des clayons sont présents sur la majorité du corpus).

Le mobilier métallique est peu abondant, même si quelques pièces sont à signaler telles qu’une louche entière, un talon de lance et deux fibules, dont une semble être un unicum possiblement de facture ibérique. Enfin, cinq monnaies gauloises, deux fragments de bracelets (un en verre, l’autre en lignite) et une perle en verre sont également à signaler.

Un vide chronologique à l’Antiquité puis une réoccupation à l’époque médiévale

Un hiatus chronologique important est identifié entre cette phase et la période médiévale, malgré une présence antique sur l’emprise de la fouille voisine (dir. C. Ben-Kaddour).

En effet, l’occupation qui suit celle de la Protohistoire est datée de la deuxième moitié du 13e s. Elle est matérialisée par un nombre important de fosses de grandes dimensions, apparentées à des fosses de stockage ou celliers, ainsi que des puisards ou citernes. Toutes semblent s’organiser autour d’une trame viaire et d’un bâtiment maçonné. Ce dernier délimite une surface d’environ 65 m² (Fig. 9).


Fig. 9 : Vue oblique du bâtiment maçonné médiéval fouillé en quarts opposés. Crédit : Éveha, 2026.

L’édifice, dont l’élévation a disparu, présente des fondations profondément ancrées et particulièrement soignées avec notamment la présence de parements liés à la marne. L’édifice a probablement été installé après un décaissement massif de la zone, peut-être en lien avec une zone d’extraction à proximité. Un plot central en blocs et dalles calcaires a été ajouté en vue de supporter un plancher ou un étage. L’intérieur du bâtiment est criblé de creusements de différentes dimensions. Un puits a été aménagé directement à proximité du bâtiment (Fig. 10).

Fig.10 : Fouille du comblement du puits médiéval par l’équipe FMC. Crédit : Éveha, 2026.

Une équipe du pôle Fouilles en Milieu Confiné (FMC) est intervenue durant le chantier, sous la direction de Marc-Antoine Thierry, pour fouiller la structure manuellement.
Les parois du puits sont creusées dans le substrat calcaire sur une profondeur de 6 m et adoptent une forme circulaire, d’un diamètre de 1,15 m. Quelques traces d’outils sont encore visibles sur ces parois. L’eau de la nappe phréatique s’infiltre à travers les interstices du calcaire et alimente le puits sous la forme de petites résurgences, observées à 1,80 m au-dessus du fond.

Fig.11 : Vue du parement partiellement conservé sur les parois du puits. Crédit : Éveha, 2026.


La margelle repose initialement sur une maçonnerie de 0,40 m de large, construite en pierres calcaires et prenant appui sur un ressaut taillé dans le substrat. Ce dispositif est encore partiellement conservé en place sur les parois méridionales (Fig.11), tandis qu’il a totalement disparu dans la moitié septentrionale, vraisemblablement en raison de son effondrement dans le puits.

Par ailleurs, plusieurs blocs calcaires ainsi que des éléments de margelle ont été découverts, sur une épaisseur de 0,60 m, dans la partie supérieure du comblement du puits. Ces éléments sont venus sceller les niveaux d’utilisation du puits, gorgés d’eau et préservés sur une épaisseur de 2,70 m. Le fond a pu être atteint à 6,20 m de profondeur.

Fig. 12 : Lot de deux pichets en céramique dans le puits. Crédit : Éveha, 2026.

Au moins cinq pichets en céramique, produits dans les ateliers de Dourdan (91) et datés de la seconde moitié du 13e s., ont été découverts dans ces niveaux. Ils sont concentrés dans la moitié sud du conduit et ont vraisemblablement été utilisés pour le puisage de l’eau depuis le sud. Plusieurs de ces vases sont conservés entiers (Fig. 12), tandis que d’autres sont partiellement brisés .
Des prélèvements sédimentaires ont également été réalisés. Ils offrent l’opportunité de restituer le paléoenvironnement de ce secteur à la fin de la période médiévale.

Le mobilier céramique est omniprésent dans les structures médiévales, en particulier dans les aménagements périphériques au bâtiment maçonné (puits et celliers) dans lesquels il est très abondant. Il se compose principalement de productions de l’aire de Dourdan (91), à environ 60 km du site. Il s’agit d’un lot très homogène, attribuable à la seconde moitié du 13e s. et contenant une proportion dominante de récipients liés à la table et au service, ce qui interroge quant à la fonction et le statut de l’établissement. Le mobilier métallique est bien représenté également. Plusieurs tuiles et fragments de verres complètent les découvertes, ainsi que quelques rares monnaies en alliage cuivreux.

Un réseau viaire moderne et contemporain

Le mobilier mis au jour dans la trame viaire (ensemble des voies de circulation qui composent le squelette et le maillage d’un territoire urbain ou rural), qui semble avoir subi plusieurs reprises, est majoritairement daté des époques moderne et contemporaine. Ainsi, il y a sûrement sur le site une persistance de cette trame jusqu’à des temps plus récents. On observe par ailleurs que ces fossés contournent un ensemble bâti associé à un moulin, visibles sur plusieurs cadastres et plans anciens (« Grand moulin » ou « Moulin d’Ozereau »). Établi entre les 17e et 18e s., cet ensemble est encore en élévation jusqu’au milieu du 20e s. Une partie a pu être fouillée dans l’angle nord-ouest de l’emprise. L’édifice observé a fait l’objet de multiples reprises architecturales.

Dans la marge orientale de l’édifice, des fragments de tuiles et de poterie mêlés à des restes de mortiers sont visibles en surface. Ils constituent un remblai sous lesquels diverses fosses de stockages réutilisées en dépotoirs ont été identifiées.

Cet établissement rural constitue l’occupation la plus récente du site.

Problématiques scientifiques de la post-fouille

Outre les problématiques scientifiques définies en amont par le cahier des charges du service régional de l’Archéologie du Centre-Val de Loire, les travaux de post-fouille apporteront un éclairage nouveau sur les diverses périodes identifiées au cours de la phase terrain. Il s’agira de préciser le cadre chronologique de l’occupation préhistorique, matérialisée par l’ensemble de pièces lithiques mises au jour au nord de l’emprise.

Comme pour le silo du Premier âge du Fer (800 à 460 av. J.-C.), les études mobilières et analyses au radiocarbone devront permettre la détection d’éventuels aménagements contemporains de ces vestiges.

L’analyse fine des corpus de mobilier mis au jour dans l’enclos du Second âge du Fer (du 3e-2e s. av. J.-C. au début du 1er s. ap. J.-C.), appuyée par un volet de datations au radiocarbone, devront permettre de préciser les modalités d’implantation de cet établissement rural, les différentes modifications apportées à son tracé, ainsi que les remaniements de la trame bâtie.

Un phasage sera donc proposé suivant l’évolution chronologique de l’établissement. L’architecture des bâtiments sera abordée, notamment à partir de l’étude des caractéristiques des trous de poteau (dimensions, morphologie) et de leur organisation spatiale. La qualité des résultats obtenus aux termes de ces analyses pourront permettre la réalisation de vues axonométriques (méthode de représentation bidimensionnelle d’un objet tridimensionnel par projection parallèle ou cylindrique) des unités architecturales. Les altitudes enregistrées régulièrement dans le fond des fossés et aux niveau des redans (décroissances en forme de marche d’escalier) permettront une reconstitution des profils, en vue d’étudier les volumes des fossés et la circulation de l’eau.

Le statut et la fonction de l’établissement médiéval seront recherchés au moyen des études mobilières, qui semblent déjà avoir révélé un corpus très caractéristique d’une catégorie de site (prédominance de la vaisselle de présentation). L’étude archivistique viendra compléter nos données sur cet établissement du Second Moyen Âge ainsi que sur la ferme moderne de l’Ozereau.

Les vestiges de chacune de ces périodes feront l’objet de comparaisons en vue d’être réintégrées dans leurs contextes géographiques, archéologiques et historiques. Une attention particulière sera portée aux caractéristiques des établissement ruraux laténiens à l’échelle régionale à nationale en vue d’appréhender le statut de cette ferme gauloise. En effet, si les caractéristiques de cet établissement semblent d’emblée signaler un établissement de rang socio-économique supérieur, c’est au regard des établissements ruraux des terroirs alentours, notamment dans les aires sud-carnute et ouest-senon , sur la base de critères typologiques déjà établis dans le secteur géographique, que cet établissement pourra être plus précisément contextualisé.

Les études carpologiques, anthracologiques et palynologiques réalisées sur la base des prélèvements sédimentaires régulièrement collectés sur le terrain, participeront à reconstituer le paléo-environnement des différentes périodes chronologiques et à identifier par conséquent les pratiques agricoles. Ces analyses serviront donc également à caractériser la fonction et le statut du site.