Les vestiges d’une villa antique refont surface

Dans le cadre d’une opération de fouille programmée, une équipe de huit étudiants de Clermont-Ferrand et Poitiers dirigée par Aurélien Sartou (Éveha), a repris les investigations archéologiques sur le site du Champ du Palais à Bugeat (Corrèze) après neuf années d’interruption.

Connue depuis la fin du XIXe siècle et fouillée pour la première fois en 1962 puis en 2006 et 2007, la villa romaine du Champ du Palais a en effet, à nouveau, fait l’objet de fouilles durant l’été 2020.

Salle chauffée en cours de fouille, Éveha, 2020.

Les investigations concernaient une surface de 250 m² au niveau de l’aile occidentale de la villa, partie qui devait initialement se développer sur au moins 5000 m² autour d’une cour. Cette aile, bordée par une grande galerie dallée en granite, desservait une série d’espaces et notamment une cour de service et une salle chauffée par le sol grâce à un système d’hypocauste. Ces espaces avaient déjà fait l’objet d’observations partielles en 1962, 2006 et 2007 mais de nombreuses questions restaient en suspens.

Ce sont ces questionnements qui ont motivé la réalisation d’une nouvelle opération de fouille programmée. L’objectif de cette campagne était triple :

  • affiner notre compréhension de la construction et de l’évolution de la villa ;
  • comprendre l’organisation des différents espaces en cherchant notamment les accès à ces derniers depuis la galerie ;
  • comprendre les modes de construction spécifiques de la salle sur hypocauste dont la particularité est d’être construite intégralement en granite là ou les hypocaustes habituels sont constitués d’éléments en terre cuite.

La campagne a été interrompue après le dégagement complet de la salle sur hypocauste d’environ 36 m² et d’une partie d’un vaste vestibule donnant accès, au nord, à la salle chauffée et, au sud, à un nouvel espace doté d’un sol en béton.

Vue générale du site à l’issue de la fouille du mois de juillet 2020, Éveha, 2020.

La fouille a permis de mettre en évidence les modes de construction de l’hypocauste. Les pilettes, très régulièrement réparties, reposaient sur un sol constitué de dalles de granite. Elles devaient initialement supporter des dalles en granite carrées de 60 cm de côté qui supportaient elles-mêmes une chape de béton de 15 cm d’épaisseur. La chaleur était fournie par le praefurnium (foyer) situé dans la cour de service. Elle circulait ensuite entre les pilettes sous le sol et les fumées étaient évacuées par des conduits ménagés dans au moins 2 des murs de la salle. Cette pièce a fait l’objet d’une intense récupération de matériaux à la fin de l’Antiquité. Les dalles de suspensura ont notamment été récupérées. Seules deux dalles étaient restées en place sur les pilettes jusqu’à la fouille. Certaines pilettes avaient, quant à elles, été renversées soit pendant cette phase de récupération soit lors de l’effondrement des murs.

Du côté de la galerie dallée, le dallage a pu être intégralement dégagé et le mur ouest la séparant des autres pièces a été suivi. La fouille a permis de mettre au jour une marche donnant accès, au sud de la galerie, à une petite pièce au sol en béton de tuileau déjà observée en 2007. Une grande interruption du mur ouest a également été observée. Elle correspondait à l’emplacement d’un seuil de porte en granite qui dessert une salle rectangulaire de 15 m² qui disposait d’un sol en béton. Au sud de cette salle, une porte a été dégagée. Elle donnait accès à une seconde salle au sol en béton qui n’a été que partiellement dégagée.

Enfin, des sondages ponctuels ont permis de mieux comprendre le mode de construction de la villa et le mobilier mis au jour (céramique, objets métalliques, etc.), actuellement en cours d’étude, permettra à terme de mieux dater les différentes phases de construction et d’occupation du site.

Cependant, toute l’emprise n’ayant pas pu être traitée dans les temps initialement prévus, la fouille se poursuivra durant deux semaines fin octobre-début novembre 2020. Le site sera ensuite rebouché pour permettre de conserver les vestiges en attendant une possible mise en valeur des vestiges mis au jour lors des fouilles de 2006, 2007 et 2020.

Saint-Vite (47) – Moulin de Saint-Vite

L’étude de bâti menée sur le site du Moulin de Saint-Vite a été réalisée par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Séverine Mages. Elle intervient dans le cadre du projet de remise en navigabilité du Lot et du déplacement d’une microcentrale éléctrique incluant aussi la création d’une passe à poissons au niveau du seuil. Pour cela le projet prévoit la destruction totale du site archéologique du moulin de Saint-Vite (XIII-XIXe siècles) jusqu’au rocher et l’arasement du seuil en bordure de l’écluse sur une profondeur de plus de 2 m.
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Agen (47) – Place du maréchal Foch

Les fouilles menées sur le site d’Agen, place du maréchal Foch, ont été réalisées par le bureau d’études Éveha sous la responsabilité de Claire Pesenti. Elles interviennent dans le cadre du projet d’aménagement du parvis de la cathédrale initié par la ville d’Agen. La mise au jour fortuite d’un sarcophage et d’une calade (voie pavée) a motivé la prescription d’une fouille archéologique préventive. Les investigations archéologiques se sont limitées à la côte des travaux, exception faite du secteur du sarcophage. Elles ont permis de mettre au jour une voirie, peut-être médiévale, percée par des dizaines de sépultures creusées en pleine terre. À l’ouest de l’emprise de fouille, un bâtiment, dont la fonction originelle reste indéterminée, a été réoccupé en caveau collectif. Il s’agit de sépultures en cercueil où un chapelet a été découvert.

La principale zone de fouille se trouvait autour du sarcophage. Une maçonnerie, présentant des traces d’enduit peint et antérieure à la mise en place du sarcophage, a été mise en évidence. Ce dernier était installé dans un bâtiment interprété, pour l’instant comme memoria, et sur une sorte de piédestal maçonné. La cuve rectangulaire (2 x 0,80 m pour 0,43 m de haut), vierge d’ornements, présentait néanmoins de très nombreuses traces d’outils (pic et marteau taillant). Elle était recouverte d’un couvercle en bâtière orné d’un décor en écailles de poisson sur les grands côtés et d’un décor végétal sur les petits côtés. Une rosace, disposée à l’intérieur d’un cadre décoratif, était également présente sur la face nord. La cuve et le couvercle ont été façonnés dans du marbre des Pyrénées et sans doute transportés par voie fluviale. À l’intérieur de la cuve, un individu de sexe masculin entre 40 et 50 ans était inhumé sur un lit de charbons et sa tête était calée entre deux fragments de tore (moulure pleine au relief arrondi). Robuste, il souffrait néanmoins d’arthrose et d’une calcification du cartilage thyroïdien. Aucun objet n’accompagnait le défunt. Le sarcophage a été retiré et déposé dans le dépôt du service régional de l’Archéologie d’Agen dans l’attente d’une éventuelle mise en valeur du site.

On accédait à cette tombe privilégiée par une porte disposée à l’est. La circulation à l’intérieur du mausolée est cependant difficile à percevoir à cause des nombreuses sépultures qui y ont été retrouvées. En effet, l’importance de cette construction et, sans doute, du personnage inhumé dans le sarcophage, incita vraisemblablement la population à se faire enterrer à proximité durant plusieurs siècles.

Ce secteur témoigne ainsi de l’évolution des types d’architecture funéraire : on note des tombes en coffre, constituées de blocs calcaires taillés, connues au XIe siècle, remplacées par des coffres en briques autour des XIIIe-XIVe s., puis par des fosses creusées dans la terre et enfin des cercueils caractéristiques de la fin de l’Époque moderne et du début de l’époque contemporaine. On constatera également la concentration, dans un tout petit périmètre, d’inhumations d’enfants et de très jeunes enfants à proximité de la chapelle axiale.

Une autre phase de travaux aura lieu en janvier 2020 dans la rue Raspail. En attendant, les études du mobilier ainsi que les données récoltées vont être traitées et permettront d’affiner nos connaissances de ce site et de son occupation.

Responsable d’opération : Claire Pesenti

Suivi SRA : Philippe Coutures

Suivi Éveha : Jean-Luc Piat